Michelle Polnareff is back

LE FIGARO. - On voit sur les photos de vos répétitions que vos lunettes à monture blanche font partie de votre décor.
 
Michel POLNAREFF. - C'était un peu prévisible. On avait le choix entre les lunettes et le cul, qui sont les deux symboles qui m'accompagnent depuis longtemps. On a choisi la finesse. (Rire.) Je n'ai pas voulu un spectacle à grand renfort d'effets, mettre 100 000 ampoules de plus que le groupe d'avant. Je voulais que ce soit vraiment des retrouvailles. Je voulais que les retrouvailles de ­Polnareff et de son public soient fondées sur la musique.
 

 
Comment va votre voix ?
 
Tout le monde se pose cette question, moi le premier. C'est vrai que j'avais le trac, pour être franc. Ça fait un moment que je n'avais pas pratiqué sur scène, même si j'ai enregistré beaucoup de choses entre-temps - beaucoup de choses qui ne sont pas sorties à cause de problèmes légaux. J'avais la même appréhension que le boxeur qui remet les gants en se demandant si sa droite est toujours aussi bonne. Eh bien, ça a l'air d'aller plutôt bien.
 

 
Vous parlez de chansons qui n'ont pas pu sortir...
 
Les problèmes légaux sont réglés, elles vont pouvoir sortir. Mais pour ne pas trop mélanger, je pense que ce sera d'abord le CD et le DVD du spectacle qui sortiront. J'essaie dans ce spectacle de ne pas faire trop de chansons nouvelles parce qu'on a envie d'entendre les incontournables. Quand je suis allé voir Elvis à Vegas, à l'époque, et qu'il ne chantait pas Don't Be Cruel, Jailhouse Rock et toutes les chansons que je connaissais, j'ai été déçu. Donc, je reprends des chansons que je ne pensais pas avoir tant de plaisir à chanter. Et avec les musiciens exceptionnels qui m'accompagnent, les nouveaux arrangements vont beaucoup plus loin qu'au Roxy - plus rock, plus jazz, des couleurs très intéressantes.
 

 
Serez-vous fidèle aux versions originales ou y aura-t-il des surprises ?
 
Les gens sont partis pour avoir de grosses surprises. Quand j'ai commencé à chanter sur scène, j'étais très maniaque sur le fait que les chansons soient aussi proches que possible de l'enregistrement que j'en avais fait. Maintenant, c'est exactement le contraire : ce qui m'amuse, c'est de faire quelque chose de drastiquement différent parce que je crois que le public aime avoir des versions longues, des versions remixées, des versions radio, etc. Ma démarche est de montrer que ces mélodies peuvent tenir sur des rythmes beaucoup plus poussés. Au lieu d'avoir du joli sur du joli, on va avoir du joli sur du fort. Ce qui sera un grand choc et un bon choc, c'est la nouvelle version du Bal des Laze, limite heavy metal mais qui est même devenue plus lyrique que la version originale.
 

 
Vous venez de sortir une nouvelle chanson, Ophélie flagrant des lits, au refrain très années 1980...
 
C'est un collage avec des clins d'oeil dans tous les sens : les années disco, le punk, la nouvelle vague américaine à la Pink... Je me suis bien amusé.
 

 
Combien de nouvelles chansons sur scène ?
 
Ophélie et une autre surprise.
 

 
Y a-t-il des chansons que vous vous refusez absolument à chanter ?
 
Il n'y a aucune chanson dont j'ai honte, aucune que je renie, même s'il y en a qui ont pris des rides ou dont je ne sais plus très bien pourquoi je les ai faites. L'ombre qu'a porté à l'époque Y'a qu'un ch'veu sur Le Bal des Laze m'a énervé. Sur la longueur, Le Bal des Laze a gagné, mais maintenant ça m'amuse de chanter Y'a qu'un ch'veu sur scène.
 

 
Que s'est-il passé pour que, toutes ces années, vous n'ayez pas plus donné de concerts ?
 
C'est une histoire passionnante et malheureusement c'est à moi qu'elle arrive. Je ne peux pas vous donner en une phrase toutes les explications du mystère - entre guillemets - de la disparition - entre guillemets - de Polnareff, avec toutes les fausses annonces de retour qui ont exaspéré tout le monde, y compris moi. Chaque fois qu'on voyait des photos ou que sortait un livre, c'était reparti : au loup ! Le grand retour ! L'Arlésienne ! C'est pour ça que je suis allé l'annoncer moi-même au journal de Claire Chazal. Si je ne l'avais pas fait, personne n'y aurait cru. Mais, même aujourd'hui, il y a des gens qui pensent que je ne viens pas.
 

 
Là, en l'occurrence, c'est un plaisir partagé : mon public avait envie de me retrouver à un moment où j'avais envie de le retrouver - le ti­ming parfait. C'était important pour mes fans de savoir que j'étais en forme, que j'avais vaincu toutes les difficultés, parce que ça leur permet de voir pour eux-mêmes que l'on peut sortir des problèmes et gagner.
 

 
Vous disiez donc que ce n'est pas uniquement de votre fait si, depuis des années, vous ne sortez plus de nouveaux disques ?
 
Je ne veux pas non plus passer pour une victime, mais, effectivement, quand on est placé dans des situations où la musique est le dernier souci des uns et des autres, c'est sûr que ça n'encourage pas à écrire et à s'exprimer. Ces problèmes légaux ont été une entrave à l'expression musicale. Ça ne m'a pas coupé l'inspiration, mais ça m'a sûrement enlevé l'envie de sortir des choses nouvelles, parce que je savais que ce serait dans de mauvaises conditions.
 

 
Trois Bercy pleins, puis cinq, puis dix, puis une tournée française avec plusieurs concerts déjà sold out. Avez-vous été surpris ?
 
Je ne suis pas surpris, parce que sur le polnaweb.com, qui est un lien unique avec mes fans, on sentait l'envie du public de me revoir. Je ne suis pas surpris mais très heureux de constater qu'on avait raison de penser que ça se passerait bien.
 

 
L'immense majorité du public de Bercy et de la tournée vous verra pour la première fois.
 
Un mec qui sort aussi peu de disques, fait aussi peu d'apparitions mais qui est encore là au bout de tant d'années, c'est du jamais vu. C'est déconcertant et unique mais je le prends de façon assez légère, je trouve ça normal, quelque part. J'ai toujours donné au public, j'ai toujours été honnête avec lui, j'ai toujours eu envie de le provoquer pour le faire avancer. Je pense qu'il peut se tromper ou se laisser avoir pendant un petit moment sur l'artiste mais, sur une longueur de temps, le public ne se trompe jamais.
 

 
Avez-vous le sentiment d'être plus populaire aujourd'hui qu'en quittant la France ?
 
Je ne me rends pas compte. Je crois que, dans l'inconscient collectif, il n'y a pas que le chanteur mais aussi le personnage. Le public français a peut-être quelque part un petit sentiment de culpabilité face à ce mec obligé de quitter son pays en pleine gloire. Qu'on ferme la page sur cet incident lui plaît.
 

 
Votre père, le compositeur Léo Poll (qui a signé Le Galérien, des chansons pour Édith Piaf...), a-t-il eu une influence sur votre vocation de chanteur ?
 
Il a eu une assez sévère influence pour que je dise merde à la musique classique et que je me mette dans le rock. Mon père voulait que je sois fonctionnaire et n'a jamais été aussi heureux que quand j'ai été employé aux écritures dans une banque. Sinon, il aurait espéré faire de moi un grand pianiste classique. Mais il était surtout obsédé par la sécurité. C'était un réfugié politique, un immigrant passé par pas mal de chocs et je suppose qu'il voulait que je n'aie pas une vie aussi compliquée que la sienne.
 

 
A-t-il vu votre envol ?
 
Il l'a très mal vécu. Mais il était terriblement ambivalent au sujet de mon succès : j'ai trouvé plus tard des coupures de journaux dans un tiroir, mais il n'a jamais voulu montrer son admiration. J'étais parti de chez moi en claquant la porte parce que je perdais complètement ma vie dans un monde qui n'était pas le mien. Mais, avec le temps, je lui trouve toutes les ex­cuses de la terre.
 

 
Il ne vous a pas soutenu, bien qu'il soit artiste lui-même...
 
Il était un peu fonctionnaire de ce métier. Il n'avait jamais pris de risques, alors que je n'ai fait que prendre des risques. Aller à Bercy le 2 mars en n'ayant pas rodé le spectacle avant, c'est prendre des risques !
 

 
Paris-Bercy, du 2 au 14 mars, tournée à partir du 17 à Limoges.

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